Comment anticiper le stress thermique et soulager les animaux d’élevage ?
publié le 22.07
Lors des épisodes de forte chaleur, les vaches laitières et allaitantes entrent rapidement en état de stress thermique (dès que l’indice THI dépasse 68). Dans ces conditions, l’équilibre électrolytique est perturbé et la santé du rumen est fragilisée.
Pourquoi la chaleur épuise-t-elle les réserves minérales ?
Pour évacuer la chaleur corporelle, la vache active deux mécanismes de défense qui entraînent une fuite massive de minéraux :
- La sudation et la transpiration : La vache perd d’importantes quantités de potassium (K) et de sodium (Na) par la peau.
- L’hyperventilation : En haletant, la rumination diminue, il y a donc un risque d’acidose subaiguë du rumen par manque de salivation. Pour rééquilibrer le pH sanguin, l’organisme élimine davantage de minéraux et de bicarbonate par les urines.
Les minéraux clés à ajuster dans la ration
Précautions indispensables à prendre :
Ajuster la complémentation minérale ne fonctionne que si certaines règles de distribution et d’environnement sont respectées :
- L’eau, le premier des minéraux : Les vaches peuvent boire jusqu’à 150-180 litres d’eau par jour en été. Assurer un débit d’eau suffisant (minimum 15 à 20 L/min par abreuvoir) et vérifier la propreté des bacs. Incorporer le bicarbonate et les minéraux dans la ration mélangée et humidifier légèrement la ration si nécessaire.
- Prévenir le tri à l’auge : Les vaches ont tendance à délaisser les fourrages grossiers et fibreux. Risque d’acidose si la consommation de concentré est importante.
- Attention à l’appétence : Les fortes doses de minéraux (notamment le chlorure de potassium) peuvent être amères. Augmentez les doses progressivement sur 3 à 5 jours pour ne pas freiner davantage l’ingestion.
- Laissez du sel à disposition en libre-service : Positionnez des pierres ou blocs de sel à l’ombre et à proximité des zones d’abreuvement.
Il ne suffit pas d’augmenter simplement le complément minéral vitaminé (CMV) classique, mais d’adapter la quantité de certains minéraux :
Le duo Calcium – Vitamine D3 pour l’assimilation et la thermorégulation
Réduction de l’inflammation et de la température corporelle : Des travaux de recherche récents ont montré qu’une sur-supplémentation ciblée en calcium et vitamine D3 pendant les vagues de chaleur aide à diminuer la fréquence respiratoire, la température corporelle et l’inflammation systémique chez la vache.
L’aménagement du bâtiment
L’aménagement doit être pensé autour d’un principe simple : transformer l’étable en « parasol dynamique » qui bloque les rayons du soleil tout en générant un flux d’air continu.
Bloquer l’énergie solaire (L’effet « Parasol »)
Avant de chercher à refroidir le bâtiment, il faut d’abord éviter qu’il ne chauffe.
- Opacité de la toiture : Pas de plaques translucides (transparents). Elles créent un « effet de serre » localisé sous lequel la température ressentie peut grimper de 6 °C.
- Isolation du toit : L’isolation sous toiture (panneaux sandwich ou sous-couches isolantes d’au moins 4 cm) stoppe le rayonnement infrarouge traversant la tôle. C’est un gain direct de 1,5 à 3 °C.
- Orientation et débords de toit : Orienté Est-Ouest pour exposer le moins de surface au sud, le bâtiment doit intégrer de grands débords de toit (1,5 m à 2 m).
- Environnement immédiat : Préservez des zones d’herbe ou arborées autour du bâtiment. Les abords bétonnés ou goudronnés emmagasinent la chaleur la journée et la restituent à la nuit.
Maximiser la ventilation naturelle
Une mauvaise circulation d’air piège la chaleur corporelle et l’humidité dégagées par le troupeau.
- Ouvertures latérales importantes (Longs-pans) : Aménagez des bardages modulables, filets brise-vent amovibles ou rideaux déroulants automatisés.
- Faîtage ouvert : Privilégiez un faîtage ouvert avec pare-vent ou une cheminée continue pour favoriser l’« effet therme » (l’air chaud monte et s’échappe naturellement).
- Limiter les obstacles d’air : Évitez les murs pleins en séparation interne qui bloquent les courants d’air transversaux.
Déployer la ventilation mécanique
Lorsque l’air extérieur est calme ou dépasse 22-25 °C, la ventilation naturelle ne suffit plus.
- Ventiler les zones d’attente et de traite en priorité : Installez des brassards d’air ou des hélices pour forcer la convection.
- Installer au-dessus des logettes et de l’auge : Placez les ventilateurs (hélices gros volume à vitesse lente « HVLS » ou brassages hélicoïdaux).
- Cibler la vitesse de l’air : Vitesse minimale de 1,5 à 2 mètres par seconde.
Surdimensionner les points d’abreuvement
- Accessibilité et largeur : Prévoyez au moins 10 cm par vache.
- Débit d’eau : Minimum 15 à 20 litres/minute par abreuvoir.
- Circulation fluide : Pas d’abreuvoirs dans des lieux de circulation étroits (prévoyer au moins 3,50 m de largeur autour du point d’eau).
Douche et Brumisation
Règle d’or : Ne pas déclencher la brumisation ou le douchage sans une ventilation mécanique en marche à 100 %. Sans circulation d’air, création d’un « effet sauna ».
L’eau permet d’accentuer le refroidissement, à préconiser au-delà de 32-35°C.
- Le Soaking (Douchage goutte à goutte / aspersion) : Installé au-dessus de la table d’alimentation ou en zone d’attente. De grosses gouttes détrempent le cuir de la vache, puis les ventilateurs sèchent l’eau, ce qui capte et évacue la chaleur corporelle.
- La Brumisation haute pression : Elle projette des micro-gouttelettes qui s’évaporent dans l’air avant de toucher le sol, faisant baisser la température globale du bâtiment de 3 à 5 °C.
Article rédigé par Camille DIDIOT – Conseillère bovin allaitant et fourrages chez Copelva